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A JOURNEY IN BORNEO

Voyage à Borneo chez les Bajaus

En tant que photographe, je me suis rendu dans les confins du monde. En 2015, j’ai décidé d’aller vers les profondeurs de la mer pour rencontrer les Bajau, des nomades de la mer.

Qui sont les Bajau ?

QUI SONT LES BAJAU ?

Les Bajau vivent sur l’eau, le long des côtes de la Malaisie, de l’Indonésie et des Philippines depuis des siècles.

Leurs maisons flottantes les lient à la mer de manière constante, bien que leur distance de la terre ferme les tient éloignés de la civilisation moderne. Cet éloignement est probablement l’une des raisons pour laquelle ils sont en mesure de maintenir leur mode de vie et leurs traditions ancestrales malgré les influences de la mondialisation.

L’EXPÉDITION

Mon périple à la rencontre de ce peuple mystérieux n’a pas été de tout repos. Le parcours à obstacles en direction des îles a commencé à Kuala Lumpur. J’y ai atterri après un vol de quelques heures depuis le Vietnam. Un autre avion m’a ensuite amené à Tawau dans la région de Sabah en Malaisie. De là, je suis monté dans un bus partant de la ville portuaire de Semporna, l’une des plus grandes villes de Bornéo.

Les touristes partent habituellement de Semporna pour atteindre les incroyables sites de plongée que la Malaisie a à offrir.

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia

Je m’attendais à ce que la prochaine étape soit facile. J’avais seulement besoin de trouver un bateau et de traverser la Mer de Célèbes pour arriver chez les Bajau. Ce trajet était censé me prendre une heure.

J’ai été surpris de voir à quel point il était difficile de convaincre quelqu’un d’affréter un bateau. Les quelques agences spécialisées de la région refusaient de naviguer ailleurs qu’aux alentours des complexes hôteliers pour touristes.

Ces dernières années, les kidnappings de touristes et les bateaux pirates sont malheureusement devenus communs dans le coin. 

Frustré mais déterminé, j’ai décidé de trouver une solution sur le port. J’ai marché des heures le long de la rive, m’approchant des pêcheurs qui avaient amarré leur bateau pour la journée. Ils ont refusé ma demande, un par un. Malheureusement, personne ne parlait anglais et je ne bénéficiais pas de l’aide d’un traducteur pour les convaincre.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de dormir sur place, en faisant attention à bien rester sur mes gardes et de baisser la tête. Les groupes de kidnapping contre rançon traquent parfois les vacanciers, demandant par la suite une rançon exorbitante pour leur libération. En novembre 2013, un touriste taïwanais avait été tué à son hôtel. Sa femme avait été prise en otage pendant plus d’un mois avant d’être relâchée.

La tension était omniprésente dans cette destination à première vue idyllique.

Je pouvais apercevoir des soldats de l’armée malaisienne dans leurs uniformes olive et leurs bérets rouges sur les principaux sites touristiques. Pourtant, ils ne semblaient pas être présents sur les îles reculées que je cherchais à atteindre.

landscape photo by Rehahn in borneo malaysia

SUCCÈS DE DERNIÈRE MINUTE

Dans cet environnement instable, soucieux de ma sécurité, j’étais prêt à abandonner. Pourtant, j’ai continué à faire le tour de l’île chaque jour, essayant de faire comprendre ma mission aux locaux.

Finalement, j’ai rencontré un homme du nom de Karim qui parlait un peu anglais. La chance était avec moi car non seulement il était en mesure de m’aider à traduire, mais surtout, il faisait lui-même partie de l’ethnie Bajau.

Karim était surpris d’apprendre que je désirais rencontrer la tribu locale. La plupart des visiteurs de la région étaient des plongeurs qui souhaitaient directement être transportés vers les récifs coralliens du lagon.

Karim a accepté d’être mon guide et nous avons embarqué à bord d’une expédition à travers les eaux malaisiennes.

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia

LES NOMADES DE LA MER

Les Bajau habitent traditionnellement dans de petits bateaux recouverts de toits de chaume pour les protéger des aléas de la nature. Ils naissent et meurent avec les marées, naviguant nuit et jour et utilisant leurs compétences en pêche pour gagner leur vie. C’est ainsi qu’ils ont hérité du nom de « nomades de la mer ».

Une Evolution Pratique

Les Bajau continuent à développer leur connaissance intuitive des océans. Ils font d’excellents marins, mais ils ont également évolué, leur permettant de rester en apnée plus longtemps et de plonger plus profondément que la plupart des humains.

En 2018, un article de The Atlantic affirmait que les Bajau étaient génétiquement connectés à leur environnement. Leur rate est jusqu’à 50% plus grande que celle des autres homo sapiens.

La fonction principale de la rate est de filtrer le sang. Dans des conditions normales, l’organe stocke des globules rouges. Ainsi, lorsqu’une personne arrête de respirer, la rate contracte et libère les globules pour stimuler l’oxygène dans le corps.

Les personnes possédant des rates plus larges sont prédisposées à survivre plus longtemps dans des environnements privés d’oxygène tels que sous l’eau ou en haute altitude.

J’étais curieux d’en savoir plus sur ces personnes qui vivent leur existence en suivant les flux et les reflux de la marée.

borneo landscape photo by Rehahn in malaysia

L’Arrivée

Lorsque j’ai désembarqué sur l’île de Tabbalanos, j’ai aperçu au loin une île perdue dans l’horizon turquoise.

Le bateau a jeté l’ancre et j’ai pataugé dans l’eau pour parcourir les quelques mètres me séparant de la plage. Seul un palmier dirigeait le bout de ses feuilles vers le soleil.

J’ai immédiatement été frappé par la magie de l’endroit.

L’odeur du sel, le sable doux, les eaux turquoise : tout était presque brute, intouché des mains de l’Homme. Quelques petits bungalows avaient été construits sur la plage, tandis que tout le reste n’était que bois et mer.

Je venais de repérer une petite balançoire accrochée aux branches d’un arbre lorsqu’un groupe d’enfants s’est mis à courir vers le bateau.

J’ai été accueilli par des dizaines de sourires tandis que le petit groupe d’enfants se réunissait autour de moi. Intrigué par ma présence, ils communiquaient entre eux à la fois dans la langue sama-bajau et avec la complicité enjouée de l’enfance. J’ai alors acheté un paquet de biscuits dans l’une des boutiques présentes sur l’île et l’ai offert aux enfants. Ce rare cadeau les avait rendus fous de joie.

Les enfants ont spontanément accepté ma présence et celle de l’appareil photo de manière chaleureuse. Pourtant, c’est lorsqu’ils ont perdu leur intérêt et sont retournés dans l’eau que j’ai eu un aperçu de leur mode de vie. 

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia
Bajau by Rehahn

Les Bajau sont connus dans le monde comme étant un groupe ethnique qui passe la majeure partie de son temps dans l’eau. De véritables enfants de la mer, qui se sentent entiers uniquement lorsqu’ils se retrouvent dans leur élément : l’océan.

UNE VIE VÉCUE SUR L’EAU

Onze petites maisons étaient impeccablement dispersées entre la terre et la mer. Karim m’a affirmé que chaque famille de la communauté avait environ cinq enfants.

Les femmes accouchent habituellement sur la terre ferme, dans des huttes construites sur pilotis pour les protéger des vagues. Les Bajau qui restent dans cet environnement ne savent pas lire ou écrire. La vie est entièrement organisée autour de la pêche.

Des enfants les plus jeunes qui savent mieux nager que marcher, aux aînés : chacun se retrouve dans le commerce de la pêche.

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia

Les jeunes enfants se trouvent constamment dans des bateaux, apprenant à plonger ou à nager. Ceux qui ont passé l’âge de huit ans sont déjà occupés à chasser.

Les Bajau ne comptent pas leur âge en années. Ce qui importe est le moment présent : la santé, la météo, l’abondance de poissons qui viennent à eux (ou non).

J’ai sorti mon appareil photo et ai capturé chaque instant. J’étais en admiration devant cette île et ses habitants qui étaient complètement en harmonie avec leur environnement.

Pendant quatre jours, j’ai voyagé avec Karim de l’île de Mabul, à Omadal, Sibuan et Maiga pour admirer les Bajau en train de travailler, jouer et se reposer. Certaines des îles, comme c’est le cas pour Tabbalanos, ne sont même pas référencées sur internet. Mais l’isolement est exactement ce qui permet de préserver la paisibilité de ses habitants.

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia
borneo landscape photo by Rehahn in malaysia

Le village de Tatagan crée véritablement un sentiment d’union entre les Bajau et la mer. Plutôt que de construire leurs maisons sur pilotis dans le sable, les maisons sont directement construites dans le lagon. J’ai rencontré une famille Bajau qui était arrivée des Philippines quelques années auparavant pour s’installer dans ce havre de paix.

bajau portraits photo by Rehahn in borneo malaysia

Qu’est ce que la pâte Borak ?

La borak est une pâte de curcuma fabriquée localement, elle est quotidiennement utilisée par les Bajau pour protéger leur peau du soleil.

A Omadal, dans la Mer des Célèbes, soixante-dix familles vivent dans des bungalows. Chaque maison est construite sur pilotis et reliée à une autre à l’aide de ponts. Cette île est la plus développée, avec de petits stands de nourriture locale et même un terrain de football.

Lorsque je suis arrivé à Omadal, des enfants aux cheveux décolorés par le soleil m’ont accueilli. Certaines femmes avaient barbouillé leur visage et celui de leurs enfants avec de la « borak ». La pâte protège leur peau de l’intensité du soleil.

Comme dans de nombreuses régions d’Asie, la peau claire est considérée comme plus belle. J’ai été surpris de savoir que même sur cette petite île, les femmes utilisaient la borak dans l’espoir de devenir plus attrayantes. Les mères utilisent également la borak pour protéger la peau de leurs enfants.

J’ai remarqué un bateau se dirigeant vers la plage, rempli de provisions. Après avoir déchargé ses marchandises, le marin a rempli son bateau de kilos de poisson frais afin de les ramener vers la terre ferme.

Ce lieu unique, recouvert de beauté, représente la capacité des humains à vivre en paix avec leur environnement.

Repenser à ce voyage continue de me faire vibrer. J’espère un jour que l’on apprendra des Bajau à apprécier les choses simples de la vie et à vivre de manière plus connectée avec notre environnement.

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